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Enseigner le fait religieux

DEFINITION , ENJEUX ET CONTENUS .

Propos introductif

Cette intervention s’adresse aux étudiants qui se destinent à l’enseignement. Elle aborde un des contenus des programmes le plus  délicat à enseigner. Cet exposé est construit sur une approche large de l’enseignement du fait religieux et de ses enjeux. Il doit vous permettre d’adopter une posture qui rende compréhensible au plus grand nombre cet enseignement dont on pointera les difficultés apparentes.

L’exposé s’articule autour de 4 axes :
– Une définition du fait religieux.
– Ses enjeux civiques et patrimoniaux.
– Les règles à adopter pour ne pas confondre enseignement du fait religieux et enseignement religieux.
L’approche du fait religieux par le document patrimonial qui sera dans ce cas le monastère.

I- Définition de la notion de fait religieux

Le fait religieux se constate et s’impose à tous : il y a des cathédrales, des mosquées, des fêtes religieuses…
Un fait ne préjuge pas du statut moral à lui accorder. Prendre acte n’est pas prendre parti.
Un fait est englobant. Il ne privilégie aucune religion particulière.

Donc le fait est observable, neutre et pluraliste.

Faire entrer l’histoire du fait religieux dans l’enseignement, c’est apporter un éclairage circonstancié sur ses incidences sur l’aventure humaine puisqu’il est un élément essentiel des civilisations.
Les difficultés commencent dès qu’on s’interroge sur les programmes du secondaire :
Une place quasi exclusive est faite dans les programmes aux monothéismes ce qui réduit la composante pluraliste.

Plus complexe, il y a des faits de croyance qui sont à cheval sur le matériel et sur le spirituel, sur le politique et sur l’imaginaire. Ils peuvent gêner ceux qui ont longtemps opposé l’ordre des faits à l’ordre des croyances. Les faits de croyances brouillent les habitudes. Pourtant les rois thaumaturges du très laïc M.Bloch ne guérissaient pas les écrouelles  mais le fait que l’on y ait cru pendant le moyen-age a contribué à stabiliser la monarchie française. C’est donc bien un fait de croyance à cheval sur le spirituel et le politique.

Dans le même registre l’existence du Paradis n’est malheureusement pas attestée. Pourtant le fait d’y croire a entraîné des pèlerins en terre sainte. Des traces matérielles attestent de ces déplacements. Croyances et pratiques religieuses sont bien des faits de civilisation.

L’exercice a donc un caractère laïc. Il s’agit de transmettre une culture  et non de dispenser un enseignement religieux. La notion de fait nous protège et nous oriente vers la compréhension des traces incontestables que les hommes nous ont laissés. Il s’agit de faire de l’anthropologie religieuse, donc de s’intéresser aux mythes, représentations et rituels que les sources nous ont laissées. Les domaines d’études de l’anthropologie religieuse sont très  vastes.

II- Enjeux  autour d’une culture religieuse

Il faut parler religion en toute laïcité car les enjeux sont très importants : la connaissance mutuelle des racines culturelles et artistiques est un fondement de la paix sociale et politique. Son enseignement dans l’Education Nationale, depuis le rapport Debray de 2002, est largement admis. Les étudiants qui se destinent à enseigner doivent se construire cette culture et identifier les objectifs qui sous-tendent les grands enjeux pour rendre cette connaissance accessible à tous.

Mieux comprendre le monde contemporain :
Aujourd’hui le religieux fait irruption dans le monde contemporain  suite à une progressive sécularisation des sociétés occidentales. L’actualité est de plus en plus nourrie de religion. Bien  que cet aspect ne soit pas développé aujourd’hui, il figure au rang de nos priorités d’enseignement car il permet de rendre intelligible les évènements. La réflexion sur le fait religieux et sur ses rapports au politique est essentielle pour comprendre l’époque actuelle. N’est-ce pas une lutte toute religieuse du Bien contre le Mal qui inspire la politique internationale de G. W. Bush ? Symétriquement, les pires ennemis de la démocratie, les régimes totalitaires n’ont-ils pas été violemment antireligieux ?

L’enjeu civique est aussi primordial pour éviter les dérives communautaristes qui aux âges de nos élèves reposent sur l’ignorance.

Remédier à la perte de connaissance du patrimoine de l’humanité :
Les aspects religieux du patrimoine littéraire et artistique ne sont plus lisibles, que ce patrimoine relève des grands monothéismes ou de mythologie gréco-romaine.

Document 1 :

Qui, parmi nous, est capable d’identifier les statues qui peuplent le parc du Château de Versailles ? Les comprendre, c’est aussi comprendre le projet politique de Louis XIV à Versailles. Pour montrer sa grandeur, architectes et artistes ont mis en scène la légende d’Apollon, dieu de la lumière et des arts que raconte le poète romain Ovide dans son livre les Métamorphoses.

Nous habitons dans un décor dont nous avons perdu les clés ; nous ne comprenons plus le sens des lieux où nous vivons qui sont pétris de signes religieux. Or les signes religieux sont un langage de l’ordre du symbolique qu’il faut apprendre aux élèves à l’intérieur des différentes disciplines et à plus forte raison en histoire-géographie.

Document 2 :

Exemple du tableau de Courbet, l’atelier du peintre :
Cet exemple volontairement éloigné de l’iconographie chrétienne montre à quel point l’art occidental jusqu’à ses développements récents est marqué par un univers de symboles issus du christianisme. Percevoir le sens de ces réemplois est impossible sans accès au langage symbolique.

Document 3 :

Les reliques dans les trésors d’églises : La statue reliquaire de sainte Foy de Conques.

Les questions que les élèves ou visiteurs posent lors de la visite d’un trésor d’église montrent que leur signification demeure énigmatique. Cette incompréhension est directement  liée à leur désaffection et à la disparition du culte dont elles faisaient l’objet. Lorsqu’elles étaient vénérées, les reliques ne nécessitaient aucune explication car les rites d’ostentation ou de translation les rendaient immédiatement intelligibles. Ces manifestations ne subsistent plus qu’à titre exceptionnel pour des reliques spécifiques (couronne d’épine du Christ à Notre dame de Paris). C’est pourquoi il est important d’en restituer le sens au public.

A ce stade le Conservateur du Patrimoine et ceux qui enseignent ont un rôle important à jouer en matière de présentation et d’explications. Il convient d’expliquer les raisons de leur présence. Pour commencer, définir le sens du mot qui veut dire « ce qui reste » et désigne les restes mortels ou les objets qui ont été en contact avec un saint. Puis dater ce mouvement de dévotion : le concile de Nicée en 787 reconnaît le principe de vénération et en interdit le commerce. Le Moyen Âge correspond à sa pleine expansion. Je vous renvoie au livre d’A. Vauchez : Saints, prophètes et visionnaires : le pouvoir surnaturel au Moyen Âge ( Albin Michel, 1999) pour ce qui relève de la spiritualité. Parfois il est amusant d’évoquer les trafics autour des reliques et même les vols ce qui est précisément le cas de Sainte Foy. Il s’agit aussi de trouver des solutions pour rendre la présentation de l’objet compréhensible. Il ne faut pas oublier que leur emplacement dans la salle du trésor est contemporaine de leur désaffectation et correspond à une mise en sécurité de l’objet. Le reliquaire in situ se plaçait dans une chapelle et était associé à un mobilier (les armoires-reliquaires par exemple) et à un décor peint. On assiste donc à une perte progressive de la mémoire des dispositions et fonctionnalités des lieux aux temps où la vie liturgique s’organisait autour des reliques et de leurs reliquaires. IL faut donc inventer des correspondances de manière pédagogique. A Conques de nombreux visiteurs parcourent en tout sens l’abbatiale et s’inquiètent ensuite auprès de l’Office de tourisme de ne pas avoir vu la célèbre statue-reliquaire. Celle-ci est enfermée dans la salle du trésor depuis 1910. Il y a un problème de communication à résoudre car rien n’indiquait (encore en 2002) dans la visite libre de l’église où la statue se trouvait et comment la vénération s’organisait, alors que tout cela est parfaitement connu sur le plan historique. Enfin il faut aussi rendre accessible au public l’usage que l’on faisait de la relique et le pouvoir que les fidèles lui attribuaient. Là encore le choix de Conques est judicieux d’un point de vue pédagogique dans la mesure où on dispose de témoignages éclairants. L’origine de cette dévotion sur ce site est le résultat d’un pillage de reliques. Le moine Aronis s’introduisit chez les religieux agenais, et, après dix ans pendant lesquels il sut gagner leur confiance, il obtint la garde des reliques qu’il put alors aisément dérober en 866. Conques devint une étape importante sur les routes du pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle car cette relique allait fonder la renommée du lieu.

Ces trois exemples permettent de souligner l’urgence d’un enseignement du fait religieux pour comprendre notre patrimoine. Ils expriment :
– un besoin de revenir aux grands mythes des civilisations anciennes
– un besoin de vocabulaire symbolique pour comprendre l’art religieux ou profane
– un besoin d’explications historiques pour comprendre les faits de croyances.

III- Comment enseigner le fait religieux ?

Une des pires entrées serait d’aborder le fait religieux par les dogmes.
Alors comment faire ?

analyser la marque, la trace de la religion dans les civilisations. Il convient d’adopter la démarche de l’anthropologie historique.

toujours contextualiser, situer dans une histoire ce que l’on enseigne.

C’est une des difficultés de l’enseignement de l’Islam. Les approches traditionnelles (les cinq piliers, la mosquée…) relèvent trop souvent de l’intemporel. Pour le Christianisme, l’inscription dans le temps est plus aisée : chacun comprend bien que le temps des premiers Chrétiens n’est pas celui de l’Inquisition. Présenter un Islam un et immuable, c’est faire le jeu des fondamentalismes qui souhaitent un strict retour aux origines. Plus que jamais, il ne faut pas oublier que nous sommes dans l’histoire, il faut inscrire nos explications dans une histoire. Nous sortons de notre rôle, nous sortons du cadre laïc si nous présentons les faits religieux ou les documents fondateurs comme issus d’une Révélation.

sortir du piège du vrai ou du faux témoignage. Pour ce qui est des Évangiles, il paraît essentiel de faire comprendre que ces textes ne sont pas une source de nature documentaire sur la vie du Christ, mais qu’inversement ils nous informent sur les croyances des chrétiens, leurs origines et leur sens. Le but n’est pas de rechercher si la Bible dit ou non la vérité. Nous sommes avec ces textes dans l’ordre non pas du vrai ou du faux mais du symbolique.

Document 4 :

C’est la même chose avec le miracle : l’exemple de Sainte-Foy de Conques qui figure dans beaucoup de manuels est justifié par l’intérêt des sources.
– On conserve un objet cultuel précieux qui est aussi la plus vieille statue reliquaire (Xe siècle).
– L’église de Conques présente une architecture propre aux édifices de pèlerinage.
– On dispose d’une vie de la sainte du XIIe siècle. La petite Foy, issue d’une riche famille agenaise, fut convertie au catholicisme par l’évêque Caprais, à l’âge de 12 ans. Le proconsul Dacien, en application de l’édit de Dioclétien, à l’origine de nombreuses persécutions, condamna la future sainte à mourir brûlée vive sur un gril. Un orage providentiel ayant éteint le gril, la petite Foy fut finalement décapitée. Plusieurs miracles se produisirent par la suite autour du tombeau de la sainte, ce qui fit sa notoriété. On lui attribue notamment le fait d’avoir délivré des prisonniers.

Dîtes vous bien que la première question d’un élève de cinquième sera de vous demander si cette histoire est réelle car pour lui le professeur enseigne la vérité historique. L’élève doit à ce moment précis sortir du merveilleux. Il doit comprendre qu’il s’agit de pratiques religieuses et de croyances propres à la société médiévale. Notre rôle est précisément  d’introduire le sens historique. Cette dévotion est la manifestation d’une croyance profonde en l’intercession des Saints. On est alors non pas sur le terrain du dogme mais des faits. C’est fondamental de ne pas s’écarter de cette posture.

La force des images donne du sens au savoir.

Document 5 :

Pourquoi ne pas mettre en parallèle une scène de crucifixion avec un plan d’église chrétienne ? Quel que soit le propos, l’enseignant ne se contente pas d’une présentation esthétique, mais il donne sens aux œuvres. Dans l’histoire des représentations, les hommes du Moyen-Âge ont déchiffré la cathédrale matérielle avec un regard très spirituel. Un des textes classique de la pensée médiévale est celui de Guillaume Durand de Mende, évêque du treizième siècle dans son  Rational , manuel pour comprendre la signification symbolique des cathédrales, édité en 1284. Pour un public scolaire ce langage symbolique est intéressant pour comprendre la monumentalité. Guillaume Durand de Mende, au chapitre XVII : Murs, fenêtres, croix et cercle, au sujet du plan en croix dit ceci : « …Certaines églises sont faites en forme de croix pour montrer que nous devons être crucifiés au monde, ou suivre le Christ mis en croix pour nous, selon cette parole : « Que celui qui veut venir à ma suite se renonce lui-même, et qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive ». Pour G. Duby dans le temps des cathédrales, Gallimard ,1976, p.336 : « Le plan est un signe. Sans doute se trouve-t-il en très grande part déterminé par les nécessités de la circulation liturgique. Les allées parallèles, les escaliers, le demi-cercle des déambulatoires, les dégagements que proposent les transepts sont disposés pour ordonner le déroulement des cérémonies, le cheminement des pèlerins vers les reliques, le va-et-vient des moines depuis les bâtiments du cloître jusqu’au lieu de leurs oraisons. L’église est d’abord fonctionnelle. Sa structure répond à la dynamique interne des exercices de la prière collective qu’elle a pour mission d’abriter. Mais elle est aussi symbolique. La croisée qui forme l’armature du plan basilical, et  les inflexions du chevet évoquent la croix ».

Document 6 :

Pourquoi ne pas mettre en parallèle une représentation de Jésus prise dans une source coranique avec une autre issue de la tradition chrétienne ? Tout ce qui rapproche est souhaitable et là encore il y a contextualisation car le Coran puise dans un monothéisme plus ancien.

Approcher l’art de près est essentiel.

Une telle affirmation plaide avec conviction en faveur  du cours au plus près de l’objet car au-delà de tous les savoirs que l’on puisse transmettre, l’émotion esthétique  reste une expérience personnelle. A quoi sert de savoir dater le temps des cathédrales si cela reste une date sur une frise chronologique ? A quoi sert de posséder un riche vocabulaire architectural si cela sert uniquement à lire un plan sur une feuille de papier ? A quoi sert une connaissance de l’iconographie chrétienne  si cela sert uniquement à briller dans un cercle d’amis ? Ces savoirs  sont des moyens de rendre accessible et démocratique le plaisir esthétique. L’émotion naît dans la proximité de l’œuvre.

Document 7 :

L’expérience conduite par Didier Repellin (inspecteur général des monuments historiques), sur le chantier de restauration de la primatiale de Lyon, illustre parfaitement mon propos. La pose d’un échafaudage en 1983 pour la restauration de toute la façade de la cathédrale ne se représenterait pas avant 150 ans. Seule une génération sur cinq peut l’approcher de près. Le chantier s’est donc ouvert aux visiteurs. Un groupe de jeunes détenus a été pris en charge par D. Repellin pour une visite prévue d’une durée de quarante minutes. Comment communiquer avec un public de non initiés confronté à la vie carcérale ?

Face à 15 jeunes ne connaissant du monde que la banalité des choses tristes et sales, pourquoi ne pas leur montrer exactement le contraire ?

Il a choisi de commencer par le Trésor et de mettre dans leur main le plus beau calice d’or et de pierres précieuses puis d’expliquer que quelqu’un, à une époque lointaine, y a mis tout son talent, toute sa foi pour qu’aujourd’hui encore il soit admiré. Que ce quelqu’un a été l’apprenti d’un maître dont il a beaucoup appris. Que ce calice a été fait pour les autres et pas pour soi. Que l’artisan est resté anonyme. Quatre heures après, ils étaient toujours là, sur l’échafaudage à apprendre qu’avec des outils simples, un ciseau et un maillet, des hommes ont travaillé dur pour produire ce chef-d’œuvre. Les restaurateurs étaient à l’ouvrage sous leurs yeux pendant la visite. Au moment du départ certains suppliaient le chef de chantier de les embaucher.

Cette expérience invite à la réflexion car elle résume des points importants sur la manière de communiquer ses connaissances :
– Il était conscient que ses seules compétences scientifiques ne suffiraient pas.
– Il avait comme objectif de vaincre leur indifférence par la proximité avec l’objet d’art.
– Il redoutait l’entrée en matière car il savait qu’elle serait déterminante, d’où l’épisode du calice.
– Il a construit sa visite autour d’un fil conducteur, le thème intemporel du travail, pour se mettre au niveau des inquiétudes du quotidien de ces jeunes.
– Il a mis son savoir à leur portée par la force de sa conviction : pour cet homme de l’Art, la médiocrité n’a jamais attiré personne mais la qualité et la beauté attirent quelqu’en soient les conditions.

La réussite aux concours du CAPES et de l’Agrégation ou aux métiers de la Conservation du patrimoine valident des compétences scientifiques mais ne font pas de vous nécessairement des spécialistes de la communication. Les recettes toutes faites n’existent pas. Pourtant certaines règles aident à se situer dans l’enseignement du fait religieux. Je crois les avoir résumées mais des oublis sont possibles.

IV – Les « documents patrimoniaux » dans les programmes scolaires

En sixième et en cinquième pour le collège, en seconde pour le lycée, les programmes accordent une place significative au fait religieux de la période antique à la fin du Moyen Âge. Une place spécifique revient aux documents dits « patrimoniaux ». Les textes officiels les présentent comme un passage obligé de la construction d’une culture du fait de leur valeur patrimoniale. Ce sont des grands textes ou des œuvres emblématiques qui doivent fixer des repères culturels. La sélection opérée rend compte d’une définition très restrictive du patrimoine, mais sa finalité éducative justifie ces choix. Ils se sont imposés aux responsables des programmes comme « une matrice des signes et des symboles » capable de satisfaire les attentes civiques et patrimoniales parce qu’ils sont emblématiques d’une période donnée de l’histoire dans un espace donné. La cathédrale gothique n’a pas une valeur identitaire pour chacun de nos élèves mais l’étudier comme un monument emblématique du Moyen-Âge chrétien occidental participe de la formation de la conscience communautaire au sens large.

Document 8 :

Le Coran n’a d’intérêt pour la communauté scolaire que si son étude s’inscrit dans une dimension patrimoniale. C’est pourquoi on n’étudie pas des passages du Coran. On prend un manuscrit médiéval. Le support, la graphie, l’ornementation, la structure en sourates permettent d’entrer dans le vocabulaire des signes et symboles d’une civilisation. Ce que le regard imprime sert de référence pour l’étude architecturale d’une mosquée qui participe du même langage stylistique. La nouveauté que constitue le document patrimonial témoigne aussi de la conscience du rôle important de l’histoire des Arts dans nos sociétés.

Document 9 :

Le monastère est choisi comme document patrimonial en classe de cinquième. L’étude est placée dans la séquence sur l’Eglise au Moyen Âge. On ne précise pas un monastère en particulier ce qui laisse le choix à l’enseignant. Les exemples développés dans les manuels présentent  3 caractéristiques communes :

– Un site capable de suggérer l’isolement.
– Une architecture préservée des restructurations tardives pour contextualiser l’étude patrimoniale : Le vocabulaire des formes est appliqué à l’architecture romane ou gothique.
– Un plan type qui traduit l’adaptation du monument à un genre de vie monastique.

Ces trois critères fixent les priorités patrimoniales de l’étude. Les appliquer à Lérins est tout à fait possible :

– Le « désert » est suggéré par une situation insulaire. C’est le moment d’introduire les origines.
– La tour « architecture emblématique du lieu » est un plan « curieux » qui relève plutôt à l’extérieur d’une architecture militaire, mais les dispositions intérieures renouent avec une architecture monastique axée autour de l’élément hautement symbolique qu’est le cloître. C’est le moment de rappeler la règle monastique.
– Une synthèse des styles romans et gothiques est possible. C’est le moment propice à une éducation aux formes de l’art monumental, capable de développer le goût et la sensibilité de chacun. La froideur des pierres laissera indifférent celui qui ne comprend pas la fonctionnalité et l’esthétique du lieu. Comprendre, c’est donc pouvoir être touché par la beauté.

J’insiste sur la nécessité d’une approche progressive des lieux dans la situation d’une visite. Les adultes comme les enfants manquent de distance pour comprendre. Leur premier réflexe est de s’engouffrer à l’intérieur des monuments comme on passe les portes dans un jeu de console… Il faut changer de rythme.

Combien de fois des élèves en sortie pédagogique sont passés à côté de la compréhension car la visite proposée relevait d’un standard et l’exigence prioritaire du conférencier était de ne pas toucher et de se taire… Inversement j’ai le souvenir d’une stagiaire IUFM qui avait choisi pour mémoire professionnel « une sortie pédagogique à l’abbaye de Saint- Pons à Gémenos » et qui se lançait pour la première fois dans ce type d’exercice où elle intervenait seule sur le lieu. Une néophyte au milieu des barbares sautant du car déjà chauffés à blanc… L’approche progressive à pied dans un site très verdoyant a permis de poser toutes les questions sur la spécificité du site. Les élèves ont senti l’isolement par eux-mêmes. Leur intéressement, ils l’ont décidé car ils ont été acteurs tout de suite. Une rivière tapissée d’algues rouges guidait notre progression. Le récit des moniales sauvagement tuées par une troupe d’écorcheurs qui dans la légende aurait donné cette couleur rouge aux roches introduisait un épisode merveilleux propice au dépaysement. Et toujours pas d’abbaye, mais ici un moulin, ici une cascade fraîche. L’abbaye en ruines fut atteinte en une demi-heure. Les élèves étaient déjà imprégnés du lieu. Ils étaient réceptifs et beaucoup exprimaient simplement leur émotion : « c’est beau », « c’est paumé, comment on peut vivre si loin de tout ? », « c’est silencieux comme coin, on entend le bruit de l’eau ». Dès lors il est possible d’enseigner in situ.

Martine Codou. professeur au collège.Chape à Marseille
Intervention du 07/07/2005 sur le site du monastère de Lérins UNIVERSITE DE NICE-SOPHIA ANTIPOLIS

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